Au Cameroun, l’adoption d’une révision constitutionnelle instaurant un poste de vice-président met en lumière une question longtemps taboue : celle de l’après Paul Biya.
Votée le 4 avril 2026 par le Parlement réuni en Congrès, la réforme prévoit que le vice-président devienne automatiquement chef de l’État en cas de vacance du pouvoir, sans passer par une élection anticipée. Il achèverait alors le mandat en cours, théoriquement jusqu’en 2032.
Pour les autorités, cette évolution vise à garantir la stabilité institutionnelle et à encadrer une succession jugée sensible, notamment en raison de l’âge avancé du chef de l’État. Des analystes proches du pouvoir estiment qu’il s’agit d’apporter une réponse aux interrogations sur la capacité du président à aller au terme de son mandat.
Mais cette réforme suscite aussi de fortes critiques. Des acteurs de la société civile et de l’opposition y voient une manœuvre destinée à éviter une compétition électorale ouverte et à maintenir le système en place. Le fait que le président puisse désigner lui-même son vice-président alimente ces inquiétudes.
Parallèlement, le calendrier électoral connaît des ajustements significatifs. Les élections législatives ont été repoussées à 2027, tandis que la possibilité de prolonger les mandats municipaux a été élargie, renforçant l’idée d’un contrôle accru du processus politique.
Au-delà des enjeux institutionnels, certains observateurs soulignent que cette réforme tente aussi de prévenir d’éventuelles tensions liées à une succession incertaine, dans un contexte marqué par des défis économiques et sécuritaires, notamment la crise dans les régions anglophones.
En clarifiant les règles de succession, le pouvoir camerounais cherche à anticiper une transition délicate, mais au prix d’un débat accru sur la nature du système politique et ses perspectives démocratiques.
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