Le Maroc occupe désormais la première place des économies les plus industrialisées du continent africain. C’est la principale conclusion du rapport 2025 de la Banque africaine de développement (BAD), présenté à Brazzaville en marge des Assemblées annuelles de l’institution. Une avancée historique pour le royaume, qui détrône l’Afrique du Sud après plusieurs décennies de domination industrielle sud-africaine.
Cette performance s’inscrit dans un contexte de transformation progressive de l’économie africaine. La BAD évoque une transition industrielle « silencieuse mais irréversible », portée par plusieurs pays du continent, même si les dynamiques restent encore très inégales selon les régions.
À travers l’édition 2025 de l’Indice d’industrialisation de l’Afrique (AII) et le lancement du premier Baromètre de l’investissement industriel en Afrique (AfIIB), réalisé avec WITBA Invest SA et Trendeo, la Banque dresse un état des lieux détaillé des économies africaines les plus attractives et des secteurs qui concentrent désormais les investissements industriels.
Le constat demeure toutefois contrasté. Malgré les progrès enregistrés, l’intégration industrielle du continent reste limitée : le commerce intra-africain représente seulement 14,4 % des échanges totaux. Pour la BAD, cette faiblesse traduit des chaînes de production encore fragmentées et des coopérations industrielles régionales insuffisantes.
« Ce rapport est autant une feuille de route qu’un diagnostic », a souligné Ousmane Fall, directeur du développement industriel et commercial de la BAD. Selon lui, 41 des 54 pays africains progressent désormais dans la bonne direction, mais l’industrialisation à grande échelle nécessite encore des infrastructures solides, des financements adaptés et une création de valeur davantage ancrée localement.
Dans ce paysage continental, le Maroc apparaît comme le principal bénéficiaire de cette nouvelle dynamique. Le rapport met en avant la stratégie industrielle menée depuis près de vingt ans par Rabat : modernisation des infrastructures, multiplication des zones industrielles, amélioration de la connectivité logistique et politique active d’attraction des investissements étrangers.
Le développement du port Tanger Med, devenu le premier port d’Afrique, symbolise cette transformation. Véritable hub commercial et industriel, il a permis au royaume de renforcer son intégration dans les chaînes de valeur mondiales et d’attirer de grands groupes internationaux.
La BAD souligne également la diversification progressive de l’économie marocaine. Longtemps dépendante des phosphates et de l’industrie automobile, l’industrie nationale s’est étendue à des secteurs à forte valeur ajoutée, notamment l’aéronautique.
« Chaque avion produit dans le monde après les années 2005 contient au moins une composante fabriquée au Maroc », affirme Abdelmalek Alaoui, président de l’Institut marocain d’intelligence stratégique et auteur de Maroc, le défi de la puissance. Selon lui, le choix stratégique du roi Mohammed VI d’investir massivement dans l’aéronautique, parallèlement à l’automobile, a profondément modifié le positionnement industriel du pays.
L’analyste estime que cette montée en puissance repose avant tout sur la qualité des infrastructures mises en place. « Lorsqu’un pays investit fortement dans les ports, la connectivité ou les télécommunications, il attire non seulement des investisseurs internationaux, mais aussi des acteurs nationaux capables de transformer durablement l’économie », explique-t-il.
Pendant ce temps, l’Afrique du Sud conserve une base industrielle importante, mais voit sa compétitivité s’éroder progressivement. Le rapport note également que l’Afrique du Nord et l’Afrique australe continuent de dominer les exportations industrielles les plus sophistiquées, tandis que plusieurs régions d’Afrique centrale, de l’Ouest et de l’Est peinent encore à suivre le rythme.
Avec cette première place continentale, le Maroc confirme ainsi son ambition de devenir l’un des principaux pôles industriels et logistiques du continent africain dans les années à venir.
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