Phosphates : Le Maroc veut se projeter en leader mondial de la sécurité alimentaire

En inaugurant ce mercredi la future plus grande laverie de phosphates au Monde, le Maroc affiche son ambition de se projeter en acteur incontournable de la sécurité alimentaire, en contrôlant la production mondiale et le cours du phosphate transformé. Derrière cet agenda, se joue la projection stratégique d’un pays qui est en train de changer son modèle économique.

Du phosphate, le consommateur européen retient surtout une publicité en vogue dans les années 80, qui garantissait que les lessives de l’époque en étaient exemptées. Peut être faut-il aujourd’hui mettre fin à ce mauvais procès et rendre justice à ce produit 100% naturel issu d’une roche, sans lequel nombre des aliments que nous consommons chaque jour ne seraient probablement pas sur nos tables. En effet, le phosphate et ses dérivés est aujourd’hui le fertilisant le plus efficace et le plus utilisé au monde. Le Maroc en est le premier producteur mondial, ce qui lui confère à la fois un avantage stratégique mais aussi une grande responsabilité dans l’impulsion d’une stratégie visant à assurer une sécurité alimentaire mondiale durable et eco-responsable.

C’est probablement parce que le Royaume Chérifien est conscient de cette responsabilité qui conditionne son avantage compétitif, que l’entreprise nationale chargée d’exploiter et de commercialiser  le phosphate, l’OCP, vient de lancer un investissement de près de 300 millions d’euros à Khouribga afin de se doter de la plus grande laverie au monde. Cette dernière vise à faire monter en puissance le dispositif d’enrichissement et de transport du phosphate, lui permettant de transiter par des « minéroducs ».
En passant à   travers ces « autoroutes du phosphates », la roche transformée  n’emprunte donc plus les routes terrestres ou le rail, ce qui permet de réduire son empreinte carbone  et de gagner en compétitivité.

Le caractère stratégique de cet investissement a fait que le Chef de l’Etat marocain , Mohammed VI, a tenu à se déplacer en personne afin de procéder aux lancements des travaux. Il faut voir dans cette inauguration le souci de promouvoir  la transformation du modèle économique marocain, que plusieurs économistes appellent de leur voeux, et qui passe par cette meilleure articulation du présent et de l’avenir.

En effet, en ces temps de crise économique en zone euro- dont le Maroc et l’ensemble du Maghreb sont fortement dépendants- se lancer dans un investissement aussi lourd ne manquera pas de soulever des interrogations quant au timing et à la pertinence d’un tel pari. Ces interrogations sont légitimes, mais elles ne peuvent faire oublier l’inéluctabilité d’une approche basée sur un investissement massif du Maroc en faveur de la transformation de son outil de production et de commercialisation des phosphates, précisément pour permettre que le « futur aie de l’avenir ».
Ceci est d’autant plus pertinent que l’Office Chérifien des Phosphates est engagé dans un cycle de conduite du changement profond. Enclenché depuis près de six ans, il vise à faire d’une entreprise nationale ancienne une véritable multinationale qui attire les talents et se positionne en leader mondial du phosphate. Ces changements sont en grande partie du à la stratégie volontariste mise en place par Mostapha Terrab, un grand patron au caractère bien trempé et qui a fait un passage par la banque mondiale. Connu pour son intransigeance et sa forte capacité d’abstraction, Terrab est considéré  comme l’un des rares CEOS marocain de stature internationale, aux côtés de Mustapha Bakkoury, qui préside aux destinées de l’agence solaire marocaine, MASEN, après avoir longtemps dirigé la Caisse de dépôts et de Gestion du Maroc, véritable bras armé financier de l’Etat Chérifien.

Les récentes implantations internationales de l’OCP, notamment dans les BRICS, participent de cette stratégie ambitieuse qui doit favoriser un effet d ‘entrainement des autres opérateurs marocains, leur permettant d’être plus agressifs dans la un monde globalisé, tout en gardant leur ancrage national et en participant à la production de richesses pour le pays.
Néanmoins, cette approche ne pourra trouver tout son sens que si une meilleure intégration régionale et africaine s’enclenche enfin, dont la première mesure symbolique serait l’ouverture des frontières terrestres entre le Maroc et l’Algérie. La sécurité alimentaire mondiale dépendra en effet en partie de la capacité  des acteurs à construire un espace économique continental plus cohérent.

A propos de Fitzpatrick Georges 1374 Articles

Georges Fitzpatrick a été analyste financier, puis journaliste spécialisé dans les marchés émergents pendant plus de 20 ans, il a officié à Wall Street dans plusieurs banques d’affaires de la place New Yorkaise

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