La crise syrienne et la diplomatie moderne

Bertrand Badie, politologue français spécialiste des relations internationales, apporte un éclairage nouveau sur les avantages que les positions russe et chinoise à contre-courant sur le dossier syrien peuvent apporter à la diplomatie mondiale.

Depuis la chute du Mur de Berlin et la fin de la guerre froide, la tendance mondiale a été qu’une action internationale était la panacée à toutes les crises. L’effet pervers de cette croyance est que cela classait immanquablement les pays en deux camps, les pays en crise qui se retrouvent en position de faiblesse et ceux qui apportent la « solution » dont la position se retrouve renforcée. Le danger d’une telle tendance prend tout son sens dans le cas du Printemps arabe avec le risque que cette deuxième catégorie s’impose comme les uniques tuteurs de région. Cette théorie, à priori déraisonnée, a pourtant un précédent concret, le conflit libyen. Les pays qui sont intervenus dans la guerre civile contre le Colonel Kadhafi ont largement outrepassé le mandat que leur octroyait la résolution 1973 du 17 mars 2011 des Nations-Unies d’instaurer une zone d’exclusion aérienne  pour aider les rebelles à renverser le régime en place. Outre la Chine et la Russie, de nombreux pays émergents tels que l’Inde et le Brésil sont fortement réticents à une intervention militaire en Syrie.

Mais même pour les occidentaux, les oppositions russe et chinoise présentent des avantages. Une intervention armée serait très délicate à mener. Contrairement à la Libye, à l’Afghanistan ou même à l’Irak, la Syrie est un pays exigu fortement urbanisé, ce qui compliquerait les manœuvres militaires. Et outre la capacité de résistance de Bachar al-Assad, un conflit en Syrie, qui est proche d’Israël, de la Palestine, du Liban et de l’Irak, aurait toutes les chances d’embraser une région particulièrement sensible.

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