Le code Gnassingbé : la réconciliation comme préalable à la démocratie

Le vent de la contestation soufflerait-il à nouveau sur le Togo, alors que cette parenthèse était officiellement refermée, du moins en théorie, depuis les élections présidentielles de 2010? Le calme relatif dans lequel se sont déroulées les élections, bien que contestée par la  dissidence de l’opposition menée par Jean Pierre Fabre, remis  difficilement des résultats du scrutin, a été couronné de succès. Bon nombre d’observateurs internationaux n’avaient pas grand-chose à redire. La mise en place d’un gouvernement d’ouverture a été une parfaite illustration de la volonté de Faure Gnassingbé d’associer les togolais à la consolidation de l’Etat de droit.

L’initiation récente de réformes constitutionnelles mineures  a suscité un tollé, car perçue comme un acte isolé du RPT et l’UFC, qui vient surtout violer l’accord global de coopération, signé en 2006 par les principaux acteurs de la classe politique et considéré par eux comme un facteur de réconciliation, de paix et de stabilité.
A la contestation de la réforme constitutionnelle, s’ajoutent des revendications sociales principalement motivées par la reprise de la coopération entre le Togo et ses partenaires.           L’influence exercée par les leaders politiques sur la population togolaise, conjuguée aux actions, parfois dépourvues de neutralité, menées par la société civile, ne semblent pas converger vers un climat d’apaisement.  A croire que les attentes, parfois trop élevées, ne tiennent pas toujours compte, ou du moins difficilement, du fait que les moyens nécessaires à la mise en œuvre des réformes promises ne sont pas encore totalement réunis, et encore moins du fait que la réalité socioéconomique et sociopolitique du Togo n’est pas encore totalement stabilisée.

Si un relatif ralentissement dans la mise en œuvre des réformes semble difficilement contestable. Celui-ci devrait être reconsidéré au regard d’une gestion parallèle de dossiers délicats, relatifs à l’unité et à la réconciliation nationale.

C’est en effet, dans un contexte encore largement entaché par les séquelles des évènements tragiques de 2005, que Faure Gnassingbé avait affirmé sa détermination à mettre en œuvre un processus sincère de démocratisation et d’édification de l’Etat de droit.

La réalisation majeure réside probablement dans la mise place de la commission vérité et justice, bien qu’elle soit une application de l’accord global de coopération, reste avant tout une initiative du régime. Elle traduit la volonté de rompre avec le passé et de commencer un nouveau chapitre en impliquant les adversaires d’hier dans le processus de réconciliation. Faure Gnassingbé ayant promis l’ouverture d’un dialogue inclusif pour discuter les maux de son pays. Ainsi les fondements de la réconciliation, préalable à la consolidation de la démocratie, se mettent progressivement en place.

Plusieurs réalisations ont vu le jour, en matière de bonne gouvernance démocratique, administratives et économiques, même si bon nombre de défis reste encore à relever.
Des progrès ont été réalisés en matière de finances publique, notamment à travers une meilleure gestion du trésor, du fisc et des douanes. D’autres réformes, comme la tentative de modernisation du système judiciaire, qui manque encore d’indépendance et de moyens d’action, ou encore la politique de déconcentration, sont en cours.

Ceci dit, un certain nombre de réformes et mesures, qu’elles soient législatives, administratives, réglementaires et autres, devrait être mis en place. Exemple des quelques imprécisions, contenues dans l’actuelle constitution, relatives au fonctionnement et rapport entre les pouvoirs, exécutif, législatif et judiciaire, et qui mériterait peut être d’être redéfinies.
Par ailleurs, beaucoup reste à faire, notamment en faveur de la justice sociale ou encore de la réduction de la pauvreté. Celle-ci touchant plus de 60% de la population.

Ceci étant, le Togo est résolument engagé sur sur la voie du développement. Lequel ne peut aboutir, de manière durable, qu’à travers son ancrage dans un cadre de paix, de sécurité et de stabilité politique. La mise en place d’une politique cohérente de consolidation de la démocratie et de prévention de la récurrence des crises socio-économique, est donc plus qu’un préalable, un impératif à la réalisation du développement auquel aspirent les togolais. La démocratie est un processus long qui suppose la mise en place et le respect de libertés et principes fondamentaux, mais également l’enracinement de ces derniers dans les mentalités. Les résultats ne sont pas toujours observables dans l’immédiat. Il  faut du temps, et parfois plus que prévu !

A propos de Fitzpatrick Georges 1374 Articles

Georges Fitzpatrick a été analyste financier, puis journaliste spécialisé dans les marchés émergents pendant plus de 20 ans, il a officié à Wall Street dans plusieurs banques d’affaires de la place New Yorkaise

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